Dans le milieu étudiant duquel je suis issu, il n’y a pas de sujets plus chauds que celui de la hausse des frais de scolarité. Les associations décrient avec véhémence ce genre d’action gouvernementale, réduisant le nombre de places universitaires pour les moins bien nantis et pavant d’or le parcours académique des « gosses de riche ». Je dois vous avouer, je n’ai pas vraiment sauté de joie quand j’ai vu l’annonce de cette hausse. Honnêtement, qui aime payer plus d’impôts et de taxes? Mais d’un autre côté, je comprends la nécessité d’une telle hausse, ce besoin d’argent était criant au Québec, et ce, depuis un bout de temps.
Dans un premier temps, la bride argumentaire qui suivra n’entrera pas dans les théories du complot qui dictent trop souvent les mouvements de manifestation estudiantine, celles qui veulent que les universités ont les coffres pleins, dépensant à gauche et à droite et fournissant des parachutes dorés à toute l’administration, payant des vacances à Cuba aux concierges et madame de la cafétéria. Je vous concède qu’il y a perte d’argent dans la bureaucratie universitaire, comme il y a perte d’argent dans les administrations gouvernementale, comme il y a perte d’argent à peu près partout. Faites avec, le débat n’est pas là.
Le petit graphique que je vous ai concocté énonce facilement et clairement le problème universitaire au Québec. Un petit rappel économique pour tout ceux dont un graphique d’offre et de la demande ne serait pas familier. Sur l’ordonnée (axe vertical), vous avez les prix que peut couter une année universitaire en droits de scolarité, et vous avez l’abscisse (axe horizontal) qui représente le nombre d’étudiants dans les universités québécoises. La droite D représente la demande, c’est-à-dire le nombre d’étudiants qui veut aller à l’université. Cette droite est sans aucun doute décroissante, car plus les frais de scolarité sont bas, plus d’étudiants voudront aller à l’université. Le contraire est aussi vrai, plus les frais de scolarité augmentent, mois d’étudiant iront sur le marché universitaire québécois.
La droite O représente l’offre de place dans les universités québécoises. Plus les frais de scolarité augmentent, plus les universités peuvent accueillir d’étudiants, la droite est donc croissante. Les chiffres qui suivent sont fictifs. Sans l’intervention gouvernementale, disons qu’une année universitaire couterait 8000 $ et qu’à ce prix 5000 étudiants fréquenteraient les universités et obtiendraient un diplôme. Le marché de l’emploi pourra, à la fin des études de ces étudiants, assimiler cette nouvelle main-d'œuvre.
Maintenant, la droite O+S représente l’offre des universités québécoises avec l’aide gouvernementale. Grâce à cette aide, les universités peuvent offrir 20 000 places au prix de 2500 $. C’est ce qui est actuellement le cas au Québec. Le problème c’est que le marché de l’emploi ne peut accueillir 20 000 nouveaux diplômés chaque année, c’est beaucoup trop, il y aura donc saturation du marché. Au final, plusieurs diplômés se trouveront des emplois dans lesquels leur diplôme ne sera d’aucune utilité, tandis que d’autres ne trouveront simplement aucun emploi. C’est donc dire qu’au final, l’argent investi par le gouvernement dans l’éducation financera au bout du compte, son propre chômage structurel. C’est ce qu’on appelle une perte économique et sociale.
La hausse des frais de scolarité orchestrée par le gouvernement Charest vise donc une réduction de l’offre (déplacement vers la gauche de la droite O+S) pour assurer une meilleure éducation dans les établissements universitaires québécois tout en s’assurant que chaque diplômé puisse se trouver un emploi. La société québécoise, particulièrement les jeunes, vivent dans l’illusion que l’université est l’aboutissement naturel et normal d’un parcours académique alors qu’il n’en est rien. L’université est une institution d’éducation supérieure, pour former des gens qui occuperont des emplois indispensables au fonctionnement d’une société. Des enseignants, des médecins, des avocats, des économistes, des ingénieurs et d’autres. Ces emplois nécessitent les meilleurs effectifs de la société et seront, au final, récompensés par de bons salaires. Ceci dit, plus une université diplôme d’étudiants, moins le diplôme en soi vaut quelque chose et on observe une chute des salaires. Et si les salaires sont bas, personne ne voudra occuper ces postes qui demandent un sacrifice humain, et iront exercer ailleurs, ou simplement changeront de branche. Un tel exode des cerveaux résultant d’une mauvaise allocation des ressources de la part du gouvernement est néfaste pour une société et s’en suit une perte sociale imminente.
C’est donc pourquoi je crois que la hausse des frais de scolarité est une bonne chose à long terme pour le bienêtre de la société québécoise. Et même si le gouvernement Charest à plus de torts que la majorité de nos dernières administrations, je dois saluer l’audace dont il a fait preuve en allant de l’avant avec une telle mesure. Il sait très bien qu’il ne se fera pas élire aux prochaines élections, je crois même honnêtement qu’il ne se représentera pas, et il a donc effectué un geste impopulaire politiquement, mais qui était vitale pour le bon fonctionnement et l’avenir du Québec. Trop souvent le marché politique et le marché économique sont diamétralement opposés. Peut-être que d’ici une quinzaine d’années je ne serais pas le seul à saluer un tel geste.